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 Qu'est-ce que la shar'a ?

         




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: 61
: algrie
: 17/09/2008

: Qu'est-ce que la shar'a ?   19.09.08 14:51

La rfrence la shar'a fait l'effet d'un pouvantail aujourd'hui en Occident. La voir applique, c'est commencer le dcompte sordide des chtiments corporels, des mains coupes aux flagellations, en passant par les coups de fouet... c'est, de surcrot, la rpression moraliste des hommes par laquelle ils imposent aux femmes le "port du tchador" en mme temps qu'elles se voient considres comme des mineures sur le plan lgal. Nourrie par cette imagerie, la rfrence la shar'a apparat comme un enfermement obscurantiste, un enttement moyengeux et, sans l'ombre d'un doute, fanatique. Et rien, somme toute, des exemples de l'Arabie Saoudite, de l'Iran ou autres, ne vient mettre mal la porte de telles conclusions. Partout o le discours convoque la notion de "shar'a", les acteurs semblent tourner le dos la ralit contemporaine et refuser le progrs et l'volution en s'armant contre les prils de l'avenir.

Il ne faut pas manquer d'ajouter qu'un certain nombre de rois et de prsidents ne font rien pour faciliter la comprhension de cette notion. En mal de lgitimit islamique, on a vu appliquer dans le Soudan de Nemeiry et dans la Libye de Kadhfi, sur le modle de la lgislation saoudienne, une shar'a dont les premires concrtisations taient toutes de l'ordre de la rpression et de la sphre pnale. Ainsi, il apparaissait qu'appliquer la shar'a islamique n'tait rien d'autre qu'ajouter l'interdiction l'interdiction et rprimer de la faon la plus exemplaire les transgresseurs. Le tout portant croire que plus l'on diminue les liberts, plus l'on augmente les peines et les chtiments, et plus l'on s'approche du "modle islamique". Tous les discours ne changeaient rien l'expression de cette ralit.

Il convient pourtant de prendre trs au srieux cette interpellation sur une notion centrale de la pense islamique et qui, aujourd'hui, souffre d'un formidable malentendu, quand il ne s'agit pas d'une coupable trahison. Aborder la question de la modernit suppose que nous ayons une ide prcise de ce que recouvrent les orientations des sources islamiques qui sont l'essence de ce qu'en droit musulman on appelle la shar'a.

Nous avons mis en vidence plus haut quelles sont les deux sources fondamentales du droit islamique et quel est le rle de l'ijtihd dans la formulation d'une lgislation en prise avec son poque. Il faut rappeler ici avec insistance que la shar'a n'est pas rductible la seule sphre pnale et que, a fortiori, cette rduction est de nature mentir sur son essence.

"Al-Shar'a" est un terme arabe qui veut dire littralement "le chemin", plus prcisment, c'est le chemin qui mne la source. Dans le domaine de la rflexion juridique, on comprend par cette notion, l'ensemble des prescriptions cultuelles et sociales (au sens large) tires du Coran et de la Sunna. Sur le plan du culte (ibadte), lesdites prescriptions sont le plus souvent prcises et pour l'essentiel les rgles de pratique sont codifies et fixes. Le domaine des "affaires sociales" (mu'malte) est plus vaste et l'on trouve dans les deux sources un certain nombre de principes et d'orientations que les lgistes (fuqahas) doivent respecter quand ils formulent les lois qui sont en prise avec leur poque et leur rgion. C'est bien l'ijtihd, troisime source nominale du droit, qui va faire le lien entre l'absolu des rfrences et la relativit de l'histoire et des lieux. Nourri la source, et par la source, le juriste doit penser son poque avec la claire conscience du cheminement qui le spare de l'idal des prescriptions gnrales et orientes. Il devra tenir compte de la situation sociale spcifique afin de penser les tapes de sa rforme. Son pragmatisme doit tre permanent.

Ainsi donc seul est absolu ce qui est tir du Coran et de la Sunna dont nous avons dj dit que cela recouvrait l'expression d'orientations gnrales. Au-del, la rflexion est soumise la relativit de la pense humaine et de la rationalit. On pourra en deux lieux diffrents, la mme poque, produire deux lgislations diffrentes sur une mme question et qui, toutes deux, resteront "islamiques" ; de la mme faon, on pourra, dans une mme rgion, deux poques successives, instaurer deux rglementations diffrentes par lesquelles l'volution socio-historique aura t prise en compte et qui, galement, resteront "islamiques". Le fiqh est la faon dont les juristes, la lumire du Coran et de la Sunna, ont pens une lgislation qui soit en prise avec leur poque. Leurs efforts, pour trs respectables qu'ils soient, restent des tentatives humaines qui ne peuvent convenir toutes les tapes de l'histoire. De fait, chaque poque se doit de produire sa "comprhension" et user de l'intelligence des savants qui y vivent.

Relever cette confusion entre la shar'a et le fiqh et rappeler que si le Coran et la Sunna traduisent l'expression de finalits absolues, il ne peut s'agir de sanctifier les dcisions de tel ou tel juriste du VIIIme, IXme ou Xme sicle ; relever cela, disions-nous, n'est pas encore suffisant pour rpondre ce que peut recouvrir une application de la shar'a aujourd'hui. Nous avons dit un mot plus haut du ncessaire pragmatisme des juristes musulmans et il est ncessaire d'tre particulirement prcis en la matire. Pour le musulman, prononcer l'attestation de foi (Il n'est de dieu que Dieu et Muhammad est son envoy), prier cinq fois par jour, donner l'impt social purificateur (zakt), jener pendant le mois de Ramadan et faire le plerinage, c'est dj appliquer la shar'a. Au demeurant, il serait plus exact de dire que vivre, manger, dormir et rpondre tous les besoins naturels qui sont les siens, dans le rappel de la prsence du Crateur, c'est dj appliquer la shar'a. Il importe d'apprhender cette notion sous cet angle et ce n'est pas l jouer sur les mots ou sur leur sens. L'homme porteur de la foi s'engage dans la concrtisation de l'orientation, de la pratique et de la lgislation individuelle et communautaire, prive et publique, ds lors qu'il donne ses actions le sens de la reconnaissance du Crateur : clairement, il est sur le chemin de la source.

Cette application, tant sur le plan personnel que sur le plan social, fait l'objet d'une tension entre la vise idale et la dmarche de son actualisation au quotidien. C'est le lot de chaque homme comme de l'humanit tout entire : la vie est ce cheminement vers la proximit du mieux, dans l'amour du meilleur, avec la conscience de l'insuffisance. La foi devrait tre la conscience de cette humilit. Le Coran, par sa rvlation effectue sur vingt-trois annes, rvle l'essence de cette tension en ce qu'il se prsente comme une vritable pdagogie divine. Il a form les hommes de la pninsule arabique au rapprochement ; il les a initis, d'une rvlation l'autre, d'une tape l'autre, la meilleure des pratiques tant sur le plan individuel que sur le plan communautaire. Engags sur la voie, ils n'ont jamais trahi le sens de la shar'a, bien plutt ils ont vcu son accomplissement, son parachvement jusqu'au jour o cette plnitude fut ralise :

"...Aujourd'hui, J'ai rendu votre Religion parfaite ; J'ai parachev Ma grce sur vous ; J'agre l'islam comme tant votre religion
..."Le livre " Introduction l'Islam" de Tariq Ramadan
    
 
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